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Sivan Perwer
© BM

Portrait de: Sivan Perwer

1991. Entre deux montagnes de la zone du Kurdistan autonome au nord de l’Irak. La première guerre du Golfe a déjà charrié son lot de tristesse. Sivan Perwer vient donner un concert pour soutenir son peuple.

Devant lui, des milliers de Kurdes survoltés n’en croyant pas leurs yeux. Derrière son épaisse barbe, sous son keffieh, la stature robuste et le regard éclairé, il est le dengbêj, la « voix qui dit ». En exile depuis 1976, Sivan Perwer est devenu par la force des choses une icône de la résistance kurde à l’oppression turque, iranienne et iraquienne, la voix des peshmerga. Les lance-missiles et les kalachnikovs paraissent aussi anodins que les briquets dans un concert de Johnny Hallyday. Il chante pour leur donner l’espoir et eux sont heureux de le retrouver, « j’aime ma musique mais il me paraît très important de parler de la situation de mon peuple, de la liberté de mon peuple ».


Dans ses chansons sa voix proclame l’amour qu’il porte à sa musique et sa culture.
Dès son plus jeune âge les gens de son village, situé du côté d’Urfa dans la région kurde de Turquie, lui demandaient souvent de chanter pour eux. A l’université d’Ankara, c’est ses collègues étudiants qui le poussaient à faire des disques, mais chanter en kurde à l’époque était totalement interdit. Le gouvernement turc ne voulait pas en entendre parler et Sivan Perwer n’a jamais voulu chanter dans une autre langue que la sienne. Près de trente ans d’exile plus tard, c’est le peuple kurde tout entier qui le sollicite.


Sa voix puissante, charnelle et pourtant formidablement légère accompagne depuis des années la vie des Kurdes qui font circuler ses cassettes sous le manteau, risquant de mordre la poussière des prisons turques ou même leur vie sous le régime de Saddam Hussein. Loin de cette violence, Sivan Perwer armé de son luth a toujours revendiqué autrement, « Les musiciens sont comme des arbres, ils doivent propager l’amour entre les gens. » Les sujets de ses chansons ont d’abord été la paix, l’amour ou les récits épiques traditionnels. Avec son départ forcé les thèmes sont devenus plus engagés. Dans le titre « Helebçe », le barde fait une élégie aux morts des bombardements chimiques de Halabja et rend hommage aux souffrances de son peuple. Aujourd’hui alors qu’il a une dimension internationale ( il a participé à des événements organisés par Peter Gabriel, donne des concerts dans le monde entier ), il ne peut toujours pas retrouver ses terres et en Turquie, seules ses chansons les plus traditionnelles sont autorisées à la vente. Malgré toutes ces persécutions, le musicien reste égal à lui même, « Il n’y a pas de différence entre une mère turque et une mère kurde. Je ne chanterai jamais des paroles qui encouragent à tuer des Turcs. »

Arnaud Cabanne




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